savon de Marseille
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Savon ou gel douche : existe-t-il des différences appréciables ?

On trouve plus de gels douche que de savons dans les rayons « hygiène » de nos magasins, est-ce juste une évolution pratique ? Ont-ils les mêmes bénéfices pour la peau ? Nous faisons le point.
Un article très intéressant, signé Catsou.

De quoi est composé le savon ?

 a/ Un point sur son nom… qui remonterait à la Rome antique !

D’après une vieille légende romaine, le savon tire son nom du Mont Sapo. On retrouve le préfixe «sapo » dans « saponification », procédé de fabrication du savon. Des animaux étaient sacrifiés sur le Mont Sapo et la pluie mouillait un mélange de graisse animale fondue ou suif et de cendres de bois, qui se retrouvait dans le sol argileux des rives du Tibre.
La légende prétend que les lavandières romaines adoptèrent ce mélange argileux, car elles estimaient que leur linge était plus propre en l’utilisant.1

b/ Les différents types de savons

– Le savon « classique » acheté au supermarché, souvent composé de très nombreux ingrédients naturels et chimiques.
– Le savon de Marseille produit à base d’huile d’olive et celui d’Alep à base d’huile de laurier, au procédé de fabrication spécifique.
– Le savon surgras, surdosé en matières grasses (comme l’huile d’amandes douces…).
– Le savon transparent à la glycérine : obtenu par dissolution d’un savon de suif dans de l’alcool à chaud. Il s’appelle savon de glycérine lorsque l’alcool est le glycérol, nom actuel de la glycérine.
– Et le « savon sans savon » ou « pain dermatologique », autrement appelé syndet, à base de tensioactifs synthétiques, issus de la pétrochimie.

c/ Composition du savon classique 

On retrouve aujourd’hui le mélange huile-cendres de la légende romaine dans la confection de nos savons, puisque les producteurs utilisent des matières grasses animales ou végétales (huiles) et de la soude ou de la potasse. On appelle ce procédé la saponification. On ne retrouve ni soude, ni potasse une fois le produit fini, si le savon est de bonne qualité.

On effectue le mélange à température élevée, environ 100°C pour un savon classique, à froid pour un savon appelé « naturel ». Sont souvent ajoutés ensuite :
– Des colorants naturels ou synthétiques
– Des parfums naturels ou synthétiques
– Des conservateurs
– Des agents surgraissants
comme l’huile de coco, l’huile d’olive, la glycérine, l’huile de ricin, l’huile d’amande douce, la lanoline…2

d/ Comment agissent-ils ?

Les savons contiennent des tensioactifs qui ont pour effet de « mouiller » l’eau. Et oui, une goutte d’eau glisse d’abord sur du tissu… Les tensioactifs permettent un mélange plus aisé du savon et de la saleté. Les molécules du savon sont bipolaires : leur côté lipophile apporté par l’huile, va fixer les corps gras et leur côté hydrophile dû à la soude, va fixer les corps aqueux et dissoudre les graisses.2 La saleté mélangée au savon, est ensuite emportée avec l’eau du bain ou de la douche.

e/ Quand laver signifie décaper… et les conséquences pour notre peau

Les savons sont utilisés pour l’hygiène corporelle. Mais si leur action moussante et détergente est très efficace pour nettoyer la peau, comme nous l’avons vu ci-dessus, un savon trop agressif peut détruire le film hydrilypidique : la couche protectrice recouvrant l’épiderme.

Composition du film hydrolipidique : ce film est une solution appelée E/H, c’est-à-dire qu’ici, Eau et Huile se mélangent. Il est composé de divers éléments complexes3 : des kératinocytes (cellules mortes de la peau), des sécrétions sudorales (sueur) et des des sécrétions sébacées (sebum).

 Fonctions du film hydrolipidique :
De par sa nature, il entretient un milieu acide sur notre peau. Or cet environnement acide est important :
– pour la formation et la restauration des différentes couches de la peau.
– pour agir comme tampon vis-à-vis des agressions microbiennes

Par ailleurs, les constituants lipidiques nourrissent la peau et la protègent notamment des rayons ultra-violets émis par le soleil3.

La fonction principale du film hydrolipidique consiste donc à aider notre corps à se défendre contre les microbes, les bactéries, les champignons et les rayons ultra-violets. Il permet également de maintenir la souplesse de la peau en la nourrissant avec du gras.

Comment s’altère-t-il ?

L’acidité du film est perturbée. Les savons ont un pH très élevé, autour de 8 ; 10 pour le savon d’Alep… Rappelons que le pH de l’eau pure, qui est égal à 7, a été choisi comme référence d’un milieu neutre, ni acide ni alcalin. En dessous de 7 on est en milieu acide, au-dessus en milieu alcalin.

Cette alcalinité des savons détruit la barrière acide³ de notre film hydrolipidique et donc la barrière de protection qu’il représente. Les composants lipidiques du film sont endommagés.

Les tensioactifs et les molécules bipolaires du savon éliminent les saletés graisseuses. Cela corrode donc la partie lipidique du film : la protection de la peau s’altère et de plus, l’eau de notre corps s’évapore plus vite.

Une utilisation excessive de savon peut ainsi dégrader notre peau et entraîner sa sécheresse et sa fragilité.

Petite atténuation : suivant les acides gras du savon, c’est-à-dire, selon l’huile utilisée pour la base du savon, l’effet sur la peau est différent. Par exemple si le savon est à base de beurre de karité, ou d’huile de tournesol, il est censé être très doux pour la peau. Au contraire si le savon est à base d’huile de coco, il est censé être très rude pour la peau.4

 

Les gels douche : intérêts et inconvénients

a/ Composition

Il m’a été très difficile de trouver des études scientifiques sur les gels douches. Les gels douche classiques ne sont pas des savons liquides, car ils ne sont pas issus du mélange huile-soude de la saponification.

Ils contiennent :
– Environ 12 à 15% d’agents lavant, tensio actifs souvent chimiques : détergents, moussants, comme le sodium Lauren Sulfate.
– Agent gélifiant <1%
– Environ 80 % d’eau
– Environ 4 % d’agents de texture
(épaississants)
– Des conservateurs <1%.
– Des colorants1% de parfum chimique

b/ Avantage concernant leur pH soi-disant proche de celui de la peau 

Les gels douche sont parfois recommandés pour l’hygiène car du fait de leur mode de fabrication différent, leur pH serait plus proche de celui de la peau qui est à 5.5 en comparaison avec le pH élevé des savons classiques, beaucoup plus élevé et donc agressif pour la peau, comme nous l’avons vu ci-dessus.

Les gels douches détruiraient donc moins l’acidité du film hydrolipidique nécessaire à la protection de notre peau.

c/ Vigilance concernant le pH des gels pour corps ET cheveux

En revanche, un gel pour le corps et les cheveux se rapprochera du pH des larmes pour ne pas piquer les yeux et sera plus proche de 7 et donc tout aussi « agressif » qu’un savon classique.

d/ Vigilance concernant les additifs

Les gels douche se revendiquent souvent hydratants, exfoliants ou encore adoucissants…Il faut alors veiller aux agents ajoutés, tels que :
– Les parfums, souvent synthétiques. Par exemple, une action dite « relaxante » l’est grâce aux parfums et peut provoquer des réactions cutanées désagréables.
– Les produits dits «  hydratants » constitués de produits pétrochimiques, comme le silicone par exemple.
– …

Ces gels, sans être idéaux, semblent a priori plus neutres pour l’équilibre de la peau (film hydrolipidique, pH, flore), mais il est important de vérifier la liste des ingrédients qui le composent, car trop d’additifs chimiques altèrent également notre peau (irritations, allergies).

Les savons classiques, trop détergents, sont a priori déconseillés pour garder une peau douce.

Autre alternative, les dermatologues recommandent souvent l’emploi de syndets, savons synthétiques dont le pH est plus proche de celui de la peau… Mais ils sont issus de la pétrochimie, donc pas forcément bons pour l’environnement.

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